La gravure en taille douce est la technique privilégiée de Martine Quès.

C’est une technique de gravure en creux sur des « plaques » qu’on appelle matrice.
Les plaques de métal sont travaillées à l’eau forte, à l’aquatinte, au burin ou à la pointe sèche.
Les plaques en matériaux divers sont empâtées, sculptées avec des grattoirs, brunissoirs et autres outils piquants et traçants.
Les planches de bois récupérées, usées et abîmées sont encrées et passées sur la presse à taille-douce pour y être imprimées.

Martine Quès traite surtout du drame, de blessures et de cicatrices et leurs donne le moins possible de traits. L’artiste cherche l’abstraction, cependant les visages tourmentés et les corps déformés nous interpellent dans les quelques représentations figuratives qui restent dans ses gravures. Martine Quès procède à la destructuration et la dissimulation des personnages. Souvent leur élimination s’impose au final de l’image gravée et imprimée. Nous pouvons constater l’apparition ou la disparition des figures prisonnières dans un monde compliqué. La plaque matrice est burinée, griffée, attaquée à l’eau forte et, est souvent découpée jusqu’à sa destruction totale .Tout au long de ce travail, la gravure a été pressée par l’artiste de livrer son mystère. Aux différentes étapes, et au fil des tirages la présence du drame nous est restituée avec violence à travers les lignes tendues, les formes éclatées, ou des couleurs télescopées.


La griffe d'une indiscrétion






Préfigurations, initiations, Jaillissant d’un fond, statique, primitif, initiateur, lumière et mouvement investissent le centre des tableaux. C’est là que le plus souvent il se passe quelque chose, venant animer une palette sombre, mais excessivement nuancée en infinis dégradés. L’artiste a recours à des sources de lumière insoupçonnées comme les torches sombres de la gravure la griffe d'une indiscrétion qui se croisent en diagonales, pour finir dans un bouillonnement léger. La lumière le plus souvent, émergera d’un espace de nuit ; les ténèbres inaugurales favoriseront les déformations expressives.




Configurations, transformations.

En égale opposition dialectique, forme et mouvement « combinent » un univers sans horizon, pris et se débattant dans un réseau de contraintes. Rarement le mouvement triomphe.

C’est le cas pourtant dans le triptyque Lumière, sorte de danse ou de lutte, un véritable défi à la pesanteur. Ailleurs et à travers plusieurs œuvres on retrouve des subtilités quasi-organiques de gris et de vert, dans les carcans mortels d’une structure clairement soulignée. Mollesse, sentiments, affectifs sont mis en cage, derrière des réseaux de grillage, qui de plus, sont maîtrisés par des fils très souples.


Lumière Chaque fil se trouve raccordé à un écheveau, ce n’est pas le hasard que le noir rejoint le noir, le rouge rejoint le rouge, chaque ligne participe à l’unité de temps et d’espace du drame qui se joue. Dans d’autres œuvres, la structure s’anime dans la couleur violente, contaminée par le mouvement ou par la lumière qui se trouve à l’intérieur.

Défigurations, éliminations..

C’est du mouvement, combiné mais contraire à la forme, que naissent les déformations les plus significatives. L’artiste poursuit l’impalpable selon une rigoureuse morale du détour. IL s’agit de mettre en échec toute figurations : l’auteur détruit, élimine, déforme.


Villes









Dans la série des Villes, le personnage central est effacé, détruit, tandis que la ville se fige et que le « manque » se colore. Le corps qui se meurt ne disparaît pas réellement ; il laisse sa place dans le réseau, il se spiritualise. Un travail incessant sur le matériau se retrouve dans les images gravées et imprimées. L’histoire se lit par impressions successives, les états et tirage unique nous restituent les étapes arrêtées de la gravure.






On peut constater cela dans la série amande amère


Amande amère
















La charogne


Dans La charogne, la vache est mourante sur le dos à l’arrière plan de deux femmes prostrés, qui dans d’autres tirages deviennent trois. Elles semblent avoir crées leur propres blessures et ont les mains tachées de sang. Dans d’autres épreuves, on peut découvrir que la vache blessée est devenue taureau et que les personnages coupables ont été gommés au profit d’une femme assise, triste, dissolue dans sa forme et dans sa matière. Martine Quès utilise l’association de ses images en diptyque ou en triptyque pour encore ajouter un mystère et donner une extension étrange à son message. Cet un art traversé d’inquiétude.








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